Dominique Schelcher (Système U) : "D'ici la fin de l'année, les magasins pourront personnaliser davantage le site e-commerce"

Publié par Dalila Bouaziz le - mis à jour à
Dominique Schelcher (Système U) : 'D'ici la fin de l'année, les magasins pourront personnaliser davantage le site e-commerce'
© govin sorel

Le dirigeant à la tête du 4e groupe de distribution revient sur ce premier semestre écoulé et sur les dernières actualités de la coopérative dont le lancement de "U Occasion". L'occasion d'aborder les transformations du marché de la consommation et l'accélération de l'e-commerce alimentaire.

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Quel bilan faites-vous de ces derniers mois écoulés ?

Ce premier semestre a été très spécial, marqué par cette crise sanitaire. D'un point de vue financier, Système U est l'une des deux enseignes qui a fortement progressé pendant le confinement, en raison de notre positionnement géographique de proximité dans les territoires. Aussi, lorsque les consommateurs ont dû effectuer leurs courses au plus près de leurs domiciles, ils se sont rendus naturellement dans l'un de nos 1 600 points de vente. La période de confinement a été exceptionnelle.
Depuis la fin de celui-ci, l'activité demeure très soutenue.
Le virus étant toujours présent, les consommateurs continuent de beaucoup manger chez eux -et donc à réaliser des pleins de courses- pour différentes raisons : télétravail, cantines scolaires fermées, etc. Cette rentrée semble être sur ce même schéma, la situation sanitaire restant fragile. La consommation alimentaire se porte extrêmement bien, tout comme le bazar, le non-alimentaire. Les Français ont eu envie pendant le confinement de réaménager leurs intérieurs : depuis la sortie du confinement, nous observons une croissance sur ce secteur de la décoration et de l'électroménager. Nous finirons l'année positivement sur le non-alimentaire, contrairement à l'activité textile en recul.

La consommation alimentaire se porte extrêmement bien.

Quelles sont les catégories dans l'alimentaire les plus achetées par les consommateurs ?

La meilleure progression, depuis le début de l'année, est le rayon boucherie. C'est spectaculaire et presque inattendu à ce niveau. Les consommateurs ont beaucoup cuisiné ces derniers mois chez eux, et cela continue, ils se sont également moins rendus au restaurant. La période des barbecues est aussi traditionnellement une période où les clients consomment de la viande en grande quantité. Le bio a également fortement progressé, symbole de confiance et de qualité pour nombre de consommateurs y compris pour les fruits et légumes. Souvent emballés, ils y voyaient une meilleure protection sanitaire. Les surgelés ont aussi bien fonctionné.

La crise économique remet la question du pouvoir d'achat au centre des préoccupations des consommateurs, comment cela se traduit-il dans vos magasins ?

Pendant la période du confinement, les produits locaux, une offre ancienne et traditionnelle dans nos magasins, ont été très plébiscités par nos clients. Nous l'avons renforcée durant cette période et nos consommateurs restent demandeurs. Néanmoins, il est encore trop tôt pour mesurer les répercussions de la crise sanitaire sur la consommation et tirer des leçons. C'est en septembre et en octobre que nous allons le mesurer. Nous faisons face à une France divisée en deux. D'un côté, des Français qui ont beaucoup économisé pendant cette période : plus de 100 milliards d'euros. La question est de savoir quand vont-ils réinjecter cette épargne pour doper la consommation. Est-ce durant la période des fêtes de fin d'année ? Au vu de l'année très compliquée, les consommateurs auront peut-être envie de profiter et de se faire plaisir. De l'autre côté, vous avez des Français en difficulté qui se sont retrouvés ou se trouvent en chômage ou chômage partiel. Le poids des dépenses alimentaires a augmenté dans leurs budgets aussi ils sont plus sensibles aux promotions, aux prix, etc. Cependant, notre coopérative comme l'ensemble de la profession, nous avons fait en sorte de maintenir ce pouvoir d'achat en n'augmentant pas les prix. Nous avons ainsi bloqué les prix de 5 000 produits, en mettant 6 fruits et légumes à prix coûtants.

Vous vous êtes lancés récemment sur le marché de l'occasion, pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

Ce projet était en réflexion depuis longtemps. Nous avons lancé officiellement en cette rentrée cette activité de vente et d'achat d'occasion sous le nom de "U Occasion". Actuellement, ce service est proposé dans 5 de nos magasins notamment situés en zone rurale comme en Côte d'Or. Nous achetons des produits (articles électroniques, jeux vidéo, livres, petit électroménager) aux clients, celui-ci dépose son article, nous évaluons son prix et nous lui faisons une proposition de valeur. S'il y a accord, le produit est racheté sous forme de bon d'achat à valoir exclusivement dans le magasin. Nous sommes dans un esprit d'économie circulaire : moins de gaspillage et plus de pouvoir d'achat en permettant à nos consommateurs d'acheter des produits moins chers. Cette nouvelle activité démarre fortement.

Durant le confinement, l'e-commerce alimentaire a fortement progressé chez tous les distributeurs. Qu'en est-il pour Système U ?

Avant la crise, l'e-commerce alimentaire représentait 3% du chiffre d'affaires. Il est monté à 7% durant le confinement et aujourd'hui, nous sommes à 5%. La crise a servi d'accélérateur au développement du commerce en ligne chez Système U. Nous avons ainsi renforcé la taille de notre assortiment, les promotions via des prospectus à destination du drive. De nombreuses nouveautés seront lancées cet automne. D'ici la fin de l'année, les magasins pourront personnaliser davantage le site e-commerce et ouvrir des boutiques de produits locaux, regrouper sur la Home des catégories par thématique... Ce processus sera progressif mais les premières étapes démarrent cet automne.

Nous allons passer d'un site très standardisé à un site marchand plus personnalisé comme le sont nos points de vente.

Quels changements percevez-vous auprès de votre clientèle en ligne ?

Parmi nos clients, nombreux étaient ceux qui ne connaissaient pas ou n'étaient pas utilisateurs de ce service et sont devenus adeptes pendant la crise. L'e-commerce a été vu comme un service utile durant le confinement. Certains de nos consommateurs continuent de faire leurs courses sur ce canal. Parmi ces nouveaux utilisateurs, nous observons une clientèle plus âgée qui s'y est mise pour des raisons de sécurité. Nous constatons des changements d'habitude de consommation avec des paniers moyens très élevés en drive. Les clients ont également compris qu'ils pouvaient acheter des produits frais en ligne. Cela nous a poussés à développer notre offre sur cette catégorie. Avant cette crise, le drive concernait les courses standard : l'eau, les couches et articles d'hygiène pour enfants, les produits lourds, le papier de toilette, etc. La clientèle était surtout composée de familles avec jeunes enfants. Cette crise a permis de faire sauter la barrière concernant les produits frais : boucherie, fruits et légumes, poissonnerie...

Et pour l'e-commerce alimentaire en région parisienne ?

Pour renforcer notre offre alimentaire en ligne sur Paris, nous avons signé en juin dernier un partenariat avec la start-up La Belle Vie pour permettre aux Franciliens de bénéficier d'un service de livraison optimisé : des livraisons en moins d'une heure à Paris et trois heures en Île-de-France. Nous livrons en produits d'épicerie La Belle Vie en devenant fournisseur mais sans intervention capitalistique. Ce partenariat est intéressant car nous échangeons des données et informations, notamment sur la partie e-commerce et la conception du site.

Quelles sont vos préoccupations du moment?

Nous devons capitaliser sur tous les derniers lancements : le marché de l'occasion, le CFA pour les métiers de bouche. Au-delà de la crise sanitaire et économique, la crise climatique se profile en toile de fond. Système U est ordre de marche pour relever ce défi qu'attendent les clients. Nous devons moins peser sur l'environnement : moins d'emballages, des transports plus verts et trouver des solutions plus durables.


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Martine Fuxa,<br/>rédactrice en chef Martine Fuxa,
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