[#VISION 2021] Fabrice Bonnifet, directeur du développement durable & qualité Groupe Bouygues

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[#VISION 2021] Fabrice Bonnifet, directeur du développement durable & qualité Groupe Bouygues

Chaque lundi, Relation Client Magazine donne la parole à des experts inspirants pour qu'ils exposent leur vision du rebond en 2021. Cette semaine rendez-vous pris avec Fabrice Bonnifet, directeur du développement durable & qualité Groupe Bouygues.

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" La vraie liberté de demain, ce sera de jouir de tout sans rien posséder "

Quelle est votre vision des changements économiques actuels, notamment du basculement d'une économie de la possession à une économie de l'usage ?

C'est du bon sens et de toutes façons, nous n'avons plus le choix. L'heure de l'économie du partage est arrivée, y compris dans la construction avec une mutualisation des infrastructures avec plusieurs types d'utilisateurs (concept de bâtiment hybride à économie positive) pour passer d'un niveau d'intensité d'usage des bâtiments de 25% à 70%. A termes, cette bascule est idéale pour libérer du foncier inutilisé dans les villes et limiter les ilots de chaleur.Les solutions existent mais il y a un gros travail d'évangélisation pour faire comprendre que l'économie d'usage n'est pas une punition. Au contraire, la vraie liberté demain, ce sera de jouir de tout sans rien posséder.

Quelle est votre implication dans les " smart cities " ?

Bouygues est opérateur-aménageur de projets d'éco-quartiers, de villes durables en France et à l'international. La question de rendre plus intelligente la gestion des flux dans la ville est une priorité mais attention aux effets rebonds car en étant plus efficace, on continue à augmenter le trafic et à engorger les villes. Je cautionne davantage la " Smart city " de l'efficience, de la sobriété et non la vision de Google d'une utopie du tout technologique qui sera rejetée par la population.

Quelle est l'actualité des actions menées en termes de développement durable au sein du Groupe Bouygues ?

Nous allons publier le 16 décembre nos engagements de réduction de nos émissions de gaz à effet de serre, dans le cadre du " Climate Market Day ". Cela va guider notre stratégie dans les 10 prochaines années vers des modèles d'affaires, des solutions et des produits à faible carbone car c'est une demande de nos clients et de nos collaborateurs. Mais c'est aussi une conscience morale que l'on a depuis très longtemps dans le groupe et cela nécessite d'accélérer encore compte tenu de l'urgence climatique. On sent une nette prise de conscience de la nécessité de décarboner l'économie. Il n'y a aucune incompatibilité à être mieux-disant d'un point de vue environnemental et à vouloir remplir des objectifs financiers. La seule façon de survivre est d'ailleurs de rendre les deux défis compatibles. Dans ce contexte, le groupe développe beaucoup l'offre bois avec un objectif de 30% de constructions bois d'ici 2030 pour nos clients. Idem pour l'offre de recharges de véhicules électriques en indoor et en outdoor. Le développement de l'électro-mobilité est un des leviers majeurs de la transition écologique et -pour les constructeurs -de rester compétitifs. Nous accompagnons cette filière.

Quels sont, selon vous, les grands enjeux pour les marques et industriels en 2021 liés au développement durable ?

L'enjeu principal et prioritaire, c'est la décarbonation de l'économie. Les perspectives du GIEC sont dramatiques. Si l'on continue au rythme actuel du taux d'émissions, on se dirige en 2050 vers une hausse de 6 ou 7% de la température. La responsabilité sociétale, et au-delà, morale, c'est d'arriver à décarboner les portefeuilles de solutions des entreprises. On ne pourra pas faire de social sans passer par cette étape. Le reste est anecdotique. L'urgence ultra-absolue, c'est l'urgence climatique. Nous allons tous être contraints de faire preuve de sobriété dans nos modes de consommation car le bilan carbone moyen d'un Français est de 12 tonnes de CO2 par an. Or, pour respecter l'accord de Paris, il faudrait émettre seulement 2 tonnes. Cela nécessite beaucoup de pédagogie et, de la part des marques, de changer leur business model pour privilégier l'usage à la possession. La solution, c'est de proposer la location plutôt que la fabrication de nouveaux produits. Les entreprises tireront profit de cet usage intensif.

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Marie-Juliette Levin

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