Bruxelles veut-il la peau du marketing direct ?

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Les professionnels du marketing direct s'inquiètent au sujet de la révision, à échelle européenne, de la directive de 1995 relative à la protection des données à caractère personnel. Des dizaines de milliers d'emplois sont en jeu.

Bruxelles veut-il la peau du marketing direct ?

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L'annonce a fait l'effet d'un coup de tonnerre. En pleine crise, c'est une potentielle catastrophe qui plane sur la tête des professionnels du marketing direct et de leur écosystème. Au nom de la protection du consommateur, Bruxelles réfléchit à la mise en place, au niveau européen, d'un opt-in postal. La Commission européenne a soumis à la consultation des États membres un projet de règlement, dont le vote du Parlement est prévu avant fin juin 2013. Les professionnels français du marketing direct s'inquiètent des conséquences néfastes que ce projet de loi pourrait avoir sur l'activité et sur l'emploi.

Se sentant menacée, la filière s'est mobilisée pour sensibiliser le gouvernement français aux impacts socio-économiques du projet. Dans une lettre ouverte signée par 15 organisations professionnelles (1), elle indique qu'elle " est extrêmement alarmée par le rapport de la commission européenne des Libertés civiles, justice et affaires intérieures (LIBE) ".

La lettre stipule : " En effet, l'adoption des amendements proposés conduirait notamment à :

- interdire de fait toute prospection et relation client avec la généralisation du consentement préalable (opt-in) sur l'ensemble des canaux, le marketing direct n'étant plus considéré comme un intérêt légitime,

- une restriction du profilage entravant toute campagne de marketing direct, de prospection et même de fidélisation de ses propres clients, qu'ils soient des particuliers ou des entreprises.

Ces deux mesures auraient pour conséquences immédiates :

- le ralentissement et même l'arrêt d'activité d'une partie des acteurs de la filière et la suppression de dizaines de milliers d'emplois directs et indirects,

- la mise en difficulté de près de 180 000 PME (perte de chiffre d'affaires, gel des embauches, licenciements, risques de faillites...), ainsi qu'il résulte de l'étude menée par le Sncd en juillet 2012 auprès de ce type d'entreprises."

Le Syndicat national de la communication directe (Sncd) fait partie des organisations qui tentent de lutter contre ce projet de loi. "Protéger les consommateurs et protéger les emplois, c'est possible, déclare Didier Farge, son président. La démarche des associations professionnelles tournées vers les bonnes pratiques et la protection du consommateur montre qu'on peut conjuguer, par l'autorégulation, protection des emplois et développement des PME." "Le Sncd est un syndicat engagé dans une pratique éthique et déontologique de la communication directe, qui soutient le respect des citoyens et de leurs droits. Mais ce texte va trop loin, car il tend vers l'élimination de la prospection et du ciblage", renchérit Nathalie Phan Place, secrétaire générale du Sncd. "Les conséquences sur les professionnels du marketing direct, ainsi que sur les PME seraient dramatiques. Or, la majorité des erreurs et/ou des abus concernant les fichiers clients proviennent de certaines entreprises utilisatrices non ou mal informées de la législation et des bonnes pratiques, et non des prestataires qui connaissent leur métier et le font dans le respect de la vie privée des consommateurs. Enfin, il me semble important de préciser que la volonté de durcissement est surtout liée à un amalgame avec les comportements émanant des nouveaux médias (comme les réseaux sociaux...)."

La filière de la relation client et de la communication directe regroupe des professions très diversifiées : opérateurs postaux et télécoms, presse, industries du papier et des machines dédiées, fabricants d'enveloppes, imprimeurs, routeurs, sociétés de services et de traitements informatiques, conseils en e-commerce, centres d'appels, agences de communication. À elle seule, elle représente près de 177 000 emplois en France, auxquels s'ajoutent près de 500 000 emplois indirects au sein des entreprises clientes.

"C'est la première fois que l'ensemble de la profession se mobilise pour faire évoluer ce règlement, indique, de son côté, Éric Huignard, vice-président du Sncd. En mars dernier, des représentants du Sncd (Nathalie Phan Place, Didier Farge, et moi-même), nous ont été reçus, à ce sujet, par les conseillers juridiques du cabinet de Fleur Pellerin, ministre déléguée chargée des Petites et moyennes entreprises, de l'Innovation et de l'Économie numérique, et d'Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif. Nous avons aussi été reçus le 27 mars par les conseillers techniques du Premier ministre."

(1) Le Sncd, l'AACC, l'Unic, le Selced, le Syndicat général des fabricants d'enveloppes, l'Observatoire Com Media, le SOP, la FFT, l'AFRC, le SP2C, Xplor France, Sp Pro, FVD, le POPAI et le Syndicat national de la promotion et de la publicité sur le lieu de vente (SNPLV).

Relire notre article : "L'ombre de l'opt-in postal plane sur l'Europe".