Marketing Magazine N°118 - 01/12/2007 - BEATRICE HERAUD
«Fumer tue». «Mangez 5 fruits et légumes par jour»... Entre interdictions et injonctions, le consommateur est déboussolé, Etat et entreprises se relayent pour prendre en charge notre bien-être, nouvel idéal de vie. Mais jusqu'où?
Dans quelques semaines, s'attabler dans un restaurant ou prendre un verre dans une discothèque se fera sans cigarette à la main. Symbole d'une tendance qui vise à réglementer des pans de plus en plus large de la société. Les Français seraient-ils donc réacs? Le sujet revient en boucle depuis la présidentielle de 2002. En mai dernier, la question était encore sur toutes les lèvres. Et dans tous les journaux. Tel le magazine Enjeux-les Echos qui s'interrogeait alors en Une: «Tous réacs? Ordre, travail, patrie... Les valeurs traditionnelles reviennent en force». Le discours des politiques semblait effectivement abonder en ce sens. Selon une étude Ipsos/MS&L réalisée en 2007, le mot «valeurs» apparaissait en tête de liste des noms les plus utilisés dans le discours des candidats et, surtout, la «demande d'ordre» par les citoyens semblait plus présente que jamais avec une moyenne de 70% de Français d'accord avec cette maxime. Remisés les slogans de mai 1968 où il était «interdit d'interdire», aujourd'hui les mots comme «autorité» et «discipline» opèrent un retour en grâce consensuel dans notre vocabulaire.
De là à parler d'un retour à l'ordre moral, au conservatisme, il n'y a qu'un pas que certains n'hésitent pas à franchir. Et pourtant, «cela n'a pas de sens», soutient Etienne Schweisguth, directeur de recherches au Cevipof et spécialiste du changement des valeurs en France et en Europe. «Nous assistons à la création d'un nouveau cocktail de valeurs: entre liberté privée et ordre public. La tolérance progresse en ce qui concerne les moeurs comme l'homosexualité ou l'avortement. Quand les Français, et notamment les jeunes, demandent plus d'autorité, c'est en réalité une demande d'ordre par rapport à la délinquance ou l'incivilité. En fait, la tendance de la société est de demander à ce que la puissance publique réglemente un certain nombre de choses pour garantir la sécurité et la santé des individus», explique-t-il.
Car si les conditions sanitaires peuvent être plus sûres que jamais et l'espérance de vie plus longue qu'à aucune autre époque, les sociétés occidentales ne se sentent pas en confiance. Selon l'étude 2006 de l'Observatoire des risques sanitaires, l'indice synthétique des craintes sanitaires a augmenté de plus de 5 points en douze mois alors qu'il était déjà très élevé en 2005. «Les Français ont peur... de plus en plus peur», commente Hugues Cazenave, président de l'Institut Opinion Way. «Les menaces sont ressenties partout, tout fait danger», écrit Gilles Lipovetsky dans Le bonheur paradoxal
La puissance publique et l'INPES multiplient les campagnes d'information et de prévention sanitaire dans tous les domaines.

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Deux ans plus tard, une étude européenne réalisée par Future Foundation en 2006
La santé: nouvelle religion?
«Nous sommes dans une société moraliste qui se crispe sur la notion du bien ou ce qu'elle croit être le bien, renchérit le sociologue Robert Cas tel. Dans cet idéal hygiéniste, de type religieux, il y a l'idée que l'état normal de l'homme, c'est la bonne santé éternelle à partir du moment où l'on prend les bonnes précautions. Le risque, c'est que nous rentrions dans une sorte d'engrenage au nom d'une sécurité absolue et de l'évitement de tous les risques possibles. Cela a commencé par le tabac, mais ce principe de précaution s'insère dans un schème plus général qui peut toucher de nombreux pans de la société.» Dans son étude, Future Foundation envisage ainsi une extension des secteurs concernés par les réglementations à l'horizon 2010: le secteur des paris d'argent entame actuellement une réflexion sur les jeux responsables, les dangers de la téléphonie mobile sont pointés du doigt et tout ce qui pourrait être nuisible à la planète (comme le trekking ou les sports automobiles) pourrait être contingenté. Au Grenelle de l'environnement, l'institut LH2 note déjà un «puissant désir de mesures nouvelles» de la part des Français. Ceux-ci seraient favorables à la mise en place de règles plus strictes de respect de l'environnement lors de construction de maison (91%), à l'interdiction aux entreprises d'avoir recours au greenwashing publicitaire (78%), et à l'instauration des quotas minimums de surfaces agricoles biologiques (74%). «Tout ce qui peut porter atteinte à notre capital santé est perçu comme une agression si nous la subissons de l'extérieur. Nos comportements à risque sont fustigés: les hommes politiques sont interpellés médiatiquement par des médecins. Pour certains, il faut interdire le tabac, mais aussi l'alcool, brider les voitures et les deux roues, et limiter toutes les pratiques à risque, écrivent Christophe Thomassin et Jean-Michel Gilibert dans Le désir de santé
Le «manger sain» est utilisé par les industries de l'agroalimentaire qui lancent des campagnes de nutrition à tout va.
De fait, les réglementations et les campagnes de prévention se multiplient pour coller aux attentes d'une société adepte du risque zéro. Le principe de précaution est inscrit dans la Constitution depuis 2005 et le restera malgré la proposition de la commission Attali de l'évincer. Le 1er janvier prochain, il sera désormais totalement interdit de fumer dans tous les lieux publics. Depuis 2006, les liquides sont bannis des transports aériens. Et après le Grenelle de l'environnement, des mesures de taxation (écopastille notamment) et d'interdiction (2010 pour les ampoules à incandescence, le simple vitrage et peut-être les substances les plus toxiques dans l'agriculture) vont être mises en place. Dans la rue s'étalent les incitations à «mangerbouger», sur les paquets de cigarettes et les publicités alimentaires se détachent les messages sanitaires, etc. Les entreprises elles-mêmes sont sommées de prendre leurs responsabilités et d'intégrer dans tous les domaines de leur stratégie ces impératifs sanitaires. Les industries agroalimentaires en premier lieu, et notamment les multinationales, telles que Coca-Cola ou McDonald's, ont modifié ou créé de nouveaux produits plus light, et lancé des campagnes de nutrition à destination du grand public. Tous les secteurs s'y mettent. Il y a quelques mois, Nissan annonçait ainsi la création d'un concept car truffé de senseurs d'alcool qui contrôlent et protègent les conducteurs en état d'ébriété, alors que la Maaf avait tenté, il y a quelques mois, d'installer un GPS qui surveille la vitesse des jeunes conducteurs et ainsi de diminuer leurs primes d'assurance. Au sein même des entreprises, les employés d'Axa (Mieux-Vivre) ou de PSA (Santal +) peuvent bénéficier de programmes pour arrêter de fumer ou mieux s'alimenter. Des mesures préventives qui sont positives - personne ne peut décemment se proclamer indifférent au cancer, à l'obésité, la pollution ou au terrorisme - mais à trop les multiplier seront-elles aussi efficaces et ne provoqueront-elles pas une overdose?
«Les grands discours d'interdits ne sont pas suffisants. Il faut davantage cibler les messages. Dans ce cadre, l'entreprise a un rôle important à jouer.»
Prévenir sans punir
Des personnalités issues de domaines très différents - étude, sociologie, sciences politiques, recherche, etc. - soulèvent aujourd'hui des critiques quant à cette obsession d'un bien-être à la fois sanitaire et sécuritaire. «Le risque lié à cette forme de «politiquement correct» est la création d'une société infantilisante», analyse ainsi Christophe Jouant, le directeur général de Future Foundation. Quand Thierry Balzac craint pour la créativité de la société: «Nous nous dirigeons vers une société de contrôle, mais aussi d'autocontrôlé: le quadrillage, l'installation générale de caméras poussent les personnes à se réfréner. Cela peut, à terme, affecter tout simplement les capacités créatives de notre société.»

«Les gens refusent les comportements non citoyens car ils ont compris que les gestes individuels sont bénéfiques au collectif.»
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Bel article & bel état d'esprit. Je pense qu' effectivement, avant d'investir a tout va dans tous les leviers d'acquisition possibles, il est ...
1inconnu - 21/05/2012
"De plus en plus, le marketing devient de la gestion de la data"
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« Un client multicanal réalise un chiffre d'affaires six fois supérieur à un client monocanal web »
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Christian 33 - 08/05/2012
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