Commerce Magazine N°93 - 01/05/2008 - GEROME GAURIAU
Il existe plusieurs façons d'estimer le prix de vente d'une entreprise, dont la méthode patrimoniale. Le prix correspond alors à la valeur actuelle des biens possédés par l'entreprise, moins ses dettes. Explications, intérêts et limites de cette approche.

Il n'est jamais facile d'estimer le prix d une entreprise, chaque société ayant ses spécificités et ses caractéristiques propres. Parmi les différentes approches possibles, la méthode patrimoniale, dite «méthode de l'actif net corrigé» donne une photographie de l'entreprise à un instant précis. Elle consiste à faire le point sur la valeur actuelle de l'ensemble des biens que possède la structure, de ses dettes et des engagements qu'elle a souscrits. Le prix de cession résulte alors de la différence entre ces deux données. Cette approche s'appuie donc sur le bilan comptable de la société.
Pour ce faire, il faut évaluer chaque élément en fonction de sa valeur actuelle. La valeur comptable, qui correspond à la valeur d'origine ou d'entrée dans l'actif social, donne une image imparfaite du patrimoine réel de l'entreprise. Pour obtenir la valeur actuelle, il convient d'effectuer un certain nombre d'ajustements, corrections et retraitements en revalorisant les actifs (immobilier, matériels, stocks, etc.) et en déduisant les non-valeurs (frais d'établissement, etc.).
Prenons l'exemple du matériel nécessaire à l'exploitation, qui fait l'objet d'amortissements comptables pour couvrir son usure. Une fois son inventaire effectué, il est évalué à sa valeur vénale. Celle-ci peut être supérieure à la valeur comptable, notamment dans les entreprises qui retiennent l'amortissement dégressif, ou à la valeur du marché d'occasion si ce marché existe. Concernant le matériel acquis par crédit-bail, bien que n'appartenant pas à l'entreprise, il est évalué comme s'il était détenu en pleine propriété. Sa valeur vénale ou comptable s'obtiennent alors en calculant les amortissements qui auraient été pratiqués. En contrepartie, on inscrit en dette les échéances restant à payer.
Vous êtes propriétaire de vos locaux? Les immeubles professionnels sont évalués en appliquant la méthode par comparaison liée aux conditions de marché; on peut également retenir la méthode du coût de reconstruction en appliquant un coefficient de vétusté ou bien, pour les acquisitions récentes, procéder à une simple réactualisation de la valeur de construction ou d'acquisition.
Autre poste à réévaluer: les stocks et encours. Ils sont estimés au prix de revient, les valeurs comptables sont donc normalement retenues sans correctifs. Les créances, quant à elles, doivent être correctement provisionnées, en fonction des risques d'impayés. Enfin, la valeur des placements de trésorerie (livrets, Sicav, etc.) doit être estimée au moment de l'évaluation.
L'estimation des éléments incorporels (clientèle, droit au bail, marques, nom commercial ou enseigne, licences, etc.) est plus délicate. Le fonds de commerce est souvent évalué par comparaison ou en fonction des barèmes par profession. Ainsi, le pourcentage du chiffre d'affaires (chiffre d'affaires moyen des trois dernières années) est souvent retenu. Toutefois, le montant obtenu intègre la valeur des matériels qui doit donc être déduite. Cette évaluation est ensuite pondérée en fonction de la qualité de l'emplacement.
Après avoir réévalue l'actif, il convient de s intéresser au passif de l'entreprise, c'est-à-dire à ses dettes et engagements. Il faut également intégrer les passifs absents du bilan: échéances à venir de crédit-bail, engagements sociaux (comme les indemnités de départ en retraite des salariés ou des dirigeants), avantages sociaux spécifiques (en matière de prévoyance par exemple), engagements découlant des garanties commerciales offertes par l'entreprise et impôts différés ou latents comme le report de déficit. Il faut également supprimer les nonvaleurs, c'est-à-dire les postes comptables qui n'ont aucune valeur économique, comme les frais d'établissement liés à la création de l'entreprise.
Cette méthode d'évaluation simple est adaptée au commerce de détail, où la valeur du fonds est prépondérante. Elle permet de trouver rapidement un terrain d'entente avec l'acquéreur, car elle se fonde sur des éléments objectifs. C'est, en quelque sorte, une valeur plancher de l'entreprise. Mais cette solution a des limites, puisqu'elle s'attache plus au passé et au présent qu'aux performances futures de l'entreprise. Elle prend en considération des richesses accumulées sans tenir compte de certains éléments incorporels comme le savoir-faire, la notoriété, les compétences internes, etc. Elle n'est donc pas adaptée, par exemple, pour l'évaluation déjeunes sociétés ayant essuyé des pertes pendant les années de démarrage et ayant épuisé leurs fonds propres. Des entreprises pourtant promises à une rentabilité élevée et à une forte croissance.
Idéalement, il s'agit de privilégier une méthode mixte permettant de tenir compte à la fois des richesses accumulées - et donc de la valeur patrimoniale - ainsi que de la capacité à créer de la richesse. Par exemple, avec la méthode du «Goodwill», qui vise à corriger les valeurs patrimoniales pour tenir compte de la rentabilité économique attendue de l'entreprise (voir l'encadré ci-dessus) ou la méthode des Praticiens: la valeur de l'entreprise est définie comme étant la moyenne arithmétique de son actif net réévalué et de sa valeur de rendement, à savoir le dernier bénéfice courant divisé par le taux d'actualisation, souvent autour de 10%.
Cette méthode mixte consiste à prendre en compte, dans l'évaluation d'une entreprise, sa capacité à dégager une rentabilité supérieure au bénéfice normal attendu pour une structure de cette taille. En fonction des moyens que l'entreprise doit engager pour fonctionner, on va évaluer le profit normal attendu et le comparer à la rentabilité réelle. Si cette dernière est supérieure à la normale, on parlera de «goodwill» ou «sur-valeur». Dans le cas contraire, on parle de «badwill». La sur-valeur traduit la valeur des actifs incorporels de l'entreprise, tels que le savoir-faire et la notoriété. Elle est actualisée sur une certaine durée, de trois à huit ans pour une petite structure.

Gérôme Gauriau, associé et directeur de la région Ouest chez KPMG, est plus particulièrement en charge des petites entreprises, des artisans et des commerçants. KPMG est un cabinet d'audit, d'expertise comptable et de conseil Rens.: www.kpmg.fr
A lire dans le prochain numéro:
«Valoriser son entreprise par approche analogique»
Récapitulatif simplifié:
Valeur patrimoniale = (actif net comptable + actif corrigé) - (passif corrigé + impôts retraités)
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