Chef d'entreprise Magazine N°20 - 01/07/2007 - Stéphanie Fontana-Bérard
Réactives, les entreprises de travail temporaire répondent au besoin de flexibilité des PME pour des missions ponctuelles. Bien qu'elles soient désormais concurrentes des cabinets de recrutement, leur coeur de métier reste l'intérim. Revue de détails des prestataires d'un secteur qui a le vent en poupe.
Les entreprises de travail temporaire (ETT) verraient-elles la vie en rose? Depuis deux ans, leur volume d'affaires affiche une jolie courbe de croissance. L'an dernier, le chiffre d'affaires global des spécialistes de l'intérim était de 19 milliards d'euros, en hausse de 5% en France, avec 585 000 intérimaires placés, selon le syndicat des entreprises de travail temporaire (Prisme). L'année 2007 s'annonce sous d'encore meilleurs auspices. Pour les quatre premiers mois de l'année, le chiffre d'affaires est en hausse de 7%, selon la même source. Première explication: l'embellie du marché du travail. «Les emplois intérimaires sont les premiers créés en phase de reprise économique», note François Roux, président du Prisme. Ainsi, l'intérim a été à l'origine de 18% des créations d'emplois en 2004, et de 14% en 2005, d'après l'Unedic. En 2006, sa contribution a même grimpé à 20%, avec 42 000 créations d'emplois liées à un surcroît d'activité. Toujours selon l'Unedic, 2007 devrait être placée sous le signe d'une remarquable bonne santé du secteur, si l'on considère les 53 000 emplois qu'il a générés sur les 92 000 créés par toute l'économie.
Depuis 2004, les agences d'intérim contribuent à la création de 14% à 20% des emplois. Manpower place, à elle seule, 130 000 intérimaires par jour.
Cette vigueur, l'intérim la doit aussi à sa récente métamorphose. La loi Borloo du IS janvier 2005, qui autorise officiellement les agences d'intérim à placer en direct des salariés en CDD et en CDI, a donné un sacré coup de fouet à une activité vieille de cinquante ans. «Désormais, ces agences ne sont plus considérées comme des pourvoyeuses d'emplois précaires. Elles sont devenues des concurrentes sérieuses des cabinets de recrutement», renchérit François Roux. Et pour cause: les 6430 agences de travail temporaire recensées par le Prisme en 2006 ont de nombreux atouts à faire valoir. Le premier d'entre eux réside dans leur souplesse de travail, qui répond au besoin de réactivité des PME. «Beaucoup d'entreprises en phase de croissance ont recours à l'intérim. Elles craignent d'embaucher en CDD, et a fortiori en CDI, et préfèrent fonctionner en flux tendu», observe Valérie Goudchaux, chef d'agence de travail temporaire chez Adecco. Une préférence compréhensible. En recourant à l'intérim, un chef d'entreprise peut disposer des services d'un comptable, d'un ouvrier qualifié ou d'un agent de maîtrise en moins de quatre heures. Sans compter qu'il est déchargé des paperasses administratives, puisque les intérimaires ont pour employeur l'entreprise de travail temporaire, à laquelle ils sont rattachés par un contrat de mission.
Comme d'autres entreprises de travail temporaire, Kelly Services a spécialisé certaines agences en informatique, ingénierie ou finance.
Autre atout indéniable, les agences de travail temporaire utilisent une large palette de services en ressources humaines: 90% opèrent un tri sélectif de CV et 60% évaluent les candidats via des tests de personnalité et des mises en situation techniques. Enfin, elles ne se contentent pas de se positionner en expertes du recrutement. Elles sont spécialisées par métiers: BTP, finance ou encore ingénierie informatique. Chez Vedior, par exemple, les 900 agences du groupe sont divisées en six branches d'activité telles que la production, le tertiaire ou le commerce... De même, Kelly Services compte 18 agences spécialisées (sur les 82 du réseau) pour répondre aux demandes des profils les plus recherchés, comme l'informatique, la finance ou l'ingénierie. «Cette organisation nous permet d'être plus efficaces et de mieux cerner les compétences requises, même pour les postes les plus techniques», affirme Marc Riou, directeur général de Kelly. Une assurance de plus, pour l'entreprise cliente, de la qualité de la prestation.
Le remplacement d'ouvriers ou de maîtres d'oeuvre constitue le métier «historique» des agences d'intérim. Une tâche pour laquelle les prestataires vous envoient des recrues en un temps record.
Manutentionnaires, caristes, ouvriers de production constituent la majeure partie des troupes d'intérimaires. Selon le Prisme, le syndicat des entreprises de travail temporaire, les ouvriers qualifiés et non qualifiés représentent 80% du personnel temporaire. Ces recrues sont placées dans les entreprises industrielles (47%), mais aussi dans le BTP, un secteur en plein boom. A titre d'exemple, chez Creyf's, la demande d'ouvriers de chantier et de maîtres d'oeuvre dans le secteur de la construction a progressé de 20% l'an dernier.
Pour répondre aux attentes de secteurs exposés à des pénuries de personnel, les ETT s'organisent. Le groupe Vedior a, par exemple, ouvert en France une centaine d'agences spécialisées dans le BTP. «L'entreprise n'a qu'un seul interlocuteur local pour répondre à tous ses besoins en recrutement», explique François Beharel, président du groupe Vedior. Pour la fourniture de personnel de production, la réactivité est de mise. «Dans cette branche, il est fréquent que l'on nous demande une personne à pied d'oeuvre dans l'heure qui suit», explique Arnould délia Faille, directeur général de Creyf's. En effet, la plupart des acteurs du travail temporaire dénichent un cariste, un ouvrier qualifié ou un manutentionnaire en moins de deux heures. Pour cela, ils se constituent un vivier de recrues qu'ils placeront au gré des disponibilités et des demandes. Creyf's entretient et enrichit ainsi une CVthèque d'un million de candidatures. Le principe? «Lorsqu'un client nous fait part d'un profil, nous lui envoyons un candidat disponible que nous avons testé et sélectionné au préalable», poursuit Arnould délia Faille.
Pour l'entreprise cliente, l'accueil d'une nouvelle recrue, pour une mission de deux jours ou trois mois, comporte une part de risques surtout si elle ne l'a pas elle-même rencontrée. Pour rassurer leurs clients, les agences trient de façon draconienne leurs candidatures. Entretien, tests techniques et vérification systématique - si l'intérimaire y consent - des références d'anciens employeurs font partie de la charte de qualité de prestataires comme Kelly Services, Adecco ou Synergie. Manpower utilise, de son côté, une méthode d'évaluation différente pour chaque branche d'activité. Ainsi, pour le personnel de chantier, l'agence évalue les connaissances du candidat en matière de sécurité, à travers différents tests et lui donne un «carnet de sécurité», sorte de code de bonne conduite destiné à prévenir les accidents du travail.

L'entreprise n'a qu'un seul interlocuteur pour répondre à tous ses besoins en recrutement.
Si vous faites appel à une agence d'intérim, sachez que ses honoraires sont calculés de la même façon quelle que soit la fonction. Le salaire mensuel de l'intérimaire, calqué sur la grille de rémunérations de l'entreprise où il est placé, est augmenté de la marge que perçoit l'entreprise de travail temporaire.
Chez les principaux acteurs du marché, le coefficient de marge se situe entre 2 et 2,9 en fonction du niveau de qualification de la personne demandée. Chez Kelly Services, par exemple, ce coefficient peut varier de 2 pour un ouvrier de production à 2,7 pour un profil plus rare, comme un cadre spécialiste des assurances.
Afin de faire face à la demande de personnel de pointe, Adecco a recrute plus de 3700 Informaticiens, notamment dans les écoles et sur les salons spécialisés.
Pour faire face à la demande croissante de métiers dits de pointe, les agences d'intérim se constituent un vivier de recrues dénichées dans les écoles et sur les salons spécialisés.
Informaticiens, chargés de bureaux d'étude, dessinateurs industriels, responsables de recherche et développement... Si ces métiers de pointe représentent à peine 7% des placements des agences de travail temporaire, la demande y est de plus en plus forte. Chez Adecco, le nombre d'ingénieurs informatiques placés croît, chaque année, de 10% depuis quatre ans. «Les entreprises recourent à l'intérim en période de surcroît d'activité, par exemple au moment de lancer un projet de développement. Le personnel est alors en poste pour des périodes variant de 6 à 18 mois», explique Valérie Goudchaux (Adecco). Avec la hausse de la demande, la création d'un vivier de personnes qualifiées, sur des métiers de pointe, devient une tâche difficile pour les prestataires. Pour répondre aux attentes de leurs clients, ils sont contraints d'aller chasser les jeunes talents dans les écoles supérieures, les salons spécialisés ou de créer des partenariats avec des organismes de recherche d'emploi, comme l'Apec. A chacun sa méthode. Afin d'entretenir son réseau d'intérimaires, le groupe Vedior a noué des partenariats avec plusieurs écoles de BTS d'ingénierie informatique, ce qui lui permet de participer aux forums d'emploi des établissements et, surtout, d'accéder à leurs fichiers d'anciens élèves. Quant à Adecco, il chasse ses futures recrues dans les allées des salons informatiques, tels que Les Jeudis, mais également auprès des écoles de DUT d'informatique et de l'école Supinfo. Un travail de fond qui a permis au numéro un du travail temporaire de placer 3 700 informaticiens auprès de 1700 entreprises en 2006.
Ce n'est pas tout. Pour se démarquer de la concurrence, les principaux acteurs de l'intérim misent massivement sur la formation de leurs recrues. Et ce particulièrement pour les métiers de pointe, où les nouvelles technologies évoluent très rapidement. «La formation permet aux intérimaires d'être plus vite opérationnels. C'est une exigence permanente de nos clients», note Arnould délia Faille (Creyf's). Manpower forme ainsi, chaque année, 40 000 intérimaires entre deux missions, mais propose aussi un catalogue de 300 cours en ligne, accessible à tous.
Les agences d'intérim n'oublient pas l'insertion des personnes handicapées. Ainsi, Adecco et Adia se sont dotés d'un siteweb dédié au recrutement de ces candidats. Leurs clients y voient un bon moyen de trouver du personnel compétent et, à coup sûr, motivé. En 2005, Adia a placé 2 713 personnes handicapées chez plus de 3000 entreprises clientes.
Rens.: www.trilogie.org www.adia.fr/handijobstore
Les prestataires s'organisent en branches de métiers pour mieux répondre aux demandes de plus en plus pointues de leurs clients.
Comptables, secrétaires de direction, contrôleurs de gestion: le secteur tertiaire constitue environ 10% des intérimaires placés en 2006, d'après le Prisme. Les demandes sont de plus en plus pointues. Techniques, même. «Les entreprises veulent des assistantes de direction spécialisées dans un secteur et possédant une compétence achats», note Eric Toussaint, responsable marketing recrutement chez Expectra. Les clients apprécient de parler à de vrais spécialistes, qu'il s'agisse du BTP, de l'industrie ou de l'informatique. C'est pourquoi la plupart des ETT sont organisées par secteurs ou par métiers. «La plupart de nos chargés de mission ont travaillé dans des départements ressources humaines et connaissent donc le terrain», affirme François Beharel, président du groupe Vedior.
Dans les agences tertiaires de Vedior, le personnel compte d'anciennes secrétaires de direction, des chargés de recrutement en PME et même d'anciens chefs comptables. A côté des grands acteurs généralistes, des prestataires spécialisés dans le tertiaire apparaissent. Fed Finance, par exemple, place 250 personnes par mois dans ces métiers. «Les entreprises qui viennent nous voir sont rassurées car nous parlons le même langage», plaide Julien Verspieren, fondateur de cette enseigne d'intérim créée il y a cinq ans.
En outre, pour être plus compétitives, les ETT tentent de gagner en efficacité lors de la sélection des candidatures. Quand il se rend chez un client, le chargé de recrutement de Creyf's vient avec une caméra vidéo sur l'épaule. «Nous filmons les locaux de l'entreprise et le responsable de recrutement qui décrit le poste. Le film est ensuite visionné par les candidats que nous avons présélectionnés», précise Arnould della Faille.
En outre, les agences d'intérim se font fort de simplifier la vie de leurs clients. Relevés d'heures et fiches de paie sont systématiquement envoyés au client via Internet. Certains prestataires, comme Adecco, Manpower et Vedior, ont opté pour une dématérialisation totale des documents administratifs. Chez ces trois acteurs du travail temporaire, il est même possible de signer des contrats en ligne, grâce à une signature électronique 100% fiabilisée. Ce service fait partie de la prestation et n'est donc pas facturé en plus.

Notre spécialisation dans le tertiaire nous permet de parler le même langage que nos clients. Cela les rassure.
Votre recrue ne vous satisfait pas? Comme pour n'importe quel contrat de travail, votre intérimaire doit effectuer une période d'essai. Définie parle Code du travail, elle concerne tous les cas d'intérim. Sa durée varie de deux jours (si la mission dure moins d'un mois) à cinq jours (si le contrat est supérieur à deux mois).
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Consulter"De plus en plus, le marketing devient de la gestion de la data"
Bel article & bel état d'esprit. Je pense qu' effectivement, avant d'investir a tout va dans tous les leviers d'acquisition possibles, il est ...
1inconnu - 21/05/2012
"De plus en plus, le marketing devient de la gestion de la data"
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christophe cousin - 16/05/2012
« Un client multicanal réalise un chiffre d'affaires six fois supérieur à un client monocanal web »
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Christian 33 - 08/05/2012
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19/04/2012 LANGUEDOC-ROUSSILLON
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