Chef d'entreprise Magazine N°17 - 01/04/2007 - Hélène Duvigneau, Sophie Fiévée, Stéphanie Fontana-Bérard
Pour stimuler la croissance et relancer l'emploi, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal s'inscrivent dans deux logiques opposées. Alors que le premier propose de «travailler plus pour gagner plus», la candidate socialiste s'attaque au travail précaire et veut relancer la croissance par la consommation.
© PHILIPPE GRANGEAUD
Ségolène Royal préconise la fixation des salaires par l'Etat et un Smic à 1 500 Euros bruts d'ici à 5 ans pour inciter les bas revenus à consommer.
«Supprimer les 35 heures? Vous voulez faire descendre les Français dans la rue ?» Plutôt que d'appliquer une mesure aussi radicale pour relancer la croissance, Stéphane Pineau, membre de la commission sociale de Croissance Plus, préférerait suivre la voie proposée par Nicolas Sarkozy: défiscaliser les heures supplémentaires. La seule manière, selon lui, de revaloriser les bas salaires sans nuire à la compétitivité. Comme Stéphane Pineau, beaucoup de dirigeants de PME se sentent pénalisés par la réduction du temps de travail. Zohra Gallard dirige un organisme de formation professionnelle dans le Maine-et-Loire. Elle préférerait verser des primes à ses 15 salariés plutôt que devoir payer à l'Etat 25 % de taxes sur les heures supplémentaires. Alors, quand Nicolas Sarkozy propose aux Français qui le souhaitent de «travailler plus pour gagner plus», elle applaudit. «Beaucoup d'entreprises sont confrontées à une pénurie de main-d'oeuvre, observe-t-elle. Pourquoi leur ôter le droit de récompenser leurs salariés lorsqu'ils réalisent des heures supplémentaires?» Coup de pouce au pouvoir d'achat, la mesure proposée par le candidat de la majorité présidentielle n'est pas sans inconvénient. Pour Michel Godet, économiste et professeur au Cnam (Conservatoire national des arts et métiers), «le risque est que certains employeurs profitent de la mesure sans embaucher plus». Autre question en suspens: si le gouvernement détaxe les heures supplémentaires, qui financera les prestations sociales? «A moins que l'Etat ne se substitue au salarié, ce dernier aura plus d'argent sur sa fiche de paie dans un premier temps, mais son niveau de vie sera plus faible enfin de carrière», argumente Jacques Généreux, économiste et professeur à Sciences Po. Alors, faut-il laisser l'Etat intervenir dans la fixation des salaires, comme le préconise Ségolène Royal?
Augmenter le pouvoir d'achat. Pour relancer la croissance, la candidate socialiste propose de porter le Smic à 1 500 Euros bruts d'ici à cinq ans. Objectif: inciter les bas salaires à consommer. La candidate part du principe que les allégements fiscaux favorisent d'abord les revenus les plus élevés et contribuent plus à augmenter l'épargne qu'à stimuler la demande intérieure. Si ses détracteurs y voient une mesure symbolique, vu le taux moyen de croissance annuelle du Smic, les dirigeants de PME redoutent un nouvel alourdissement du coût du travail, qui grèverait leur compétitivité internationale. Selon un sondage paru le 21 février dans La Tribune, 70 % des interrogés sont opposés à une telle revalorisation. De son côté, André-Paul Bahuon, président de l'Ordre des experts-comptables de Paris Ile-de-France, préconise déjouer sur d'autres leviers, comme la hausse des loyers ou la baisse des prélèvements obligatoires. Une option qu'approuve Jean-Michel Pottier, gérant d'Ariane Sept, une PME de 12 salariés spécialisée dans la fabrication de textiles publicitaires: «La hausse du Smic est une fausse bonne idée. Cela va freiner la compétitivité et engendrer un tassement des salaires. Certaines entreprises préféreront ne pas embaucher, voire licencier.»
La solution de Nicolas Sarkozy consiste, au contraire, à réduire les prélèvements obligatoires de quatre points après 2010, après s'être attaqué au désendettement de la puissance publique. Là aussi, le patron d'Ariane Sept applaudit: «On a fait de l'emploi une denrée rare en le surtaxant. Si l'Etat réduisait son train de vie, il aurait plus de marge de manoeuvre pour alléger le coût du travail.» Il reste néanmoins sceptique à l'égard des effets d'une telle politique sur le chômage. En la matière, les candidats entendent favoriser le retour à l'emploi: en créant, à gauche, un revenu de solidarité active (RSA) pour les personnes ayant retrouvé du travail. En augmentant, à droite, la prime pour l'emploi et en exigeant des bénéficiaires des minima sociaux qu'ils exercent une activité d'intérêt général débouchant sur une réinsertion. Des mesures approuvées par Jean-Michel Pottier, qui insiste aussi sur l'importance de l'orientation.
Du donnant-donnant. Mais pour tous, la lutte contre le chômage passe par un plus grand soutien de l'Etat aux PME. Ségolène Royal envisage de mieux répartir les aides aux entreprises, qui ne profiteraient, selon elle, qu'aux plus grandes. En modulant les 60 MdEuros d'aides publiques et d'exonérations fiscales et en instaurant une contrepartie à ces aides, versées en fonction de la nature des contrats de travail, la candidate entend responsabiliser les entreprises. S'il est favorable à l'idée d'exiger cette contrepartie, Christian Saint-Etienne, membre du Conseil d'analyse économique, estime cependant que l'Etat ne peut pas tout contrôler: «Il faut récompenser les entreprises qui embauchent mais ne pas faire de différence en fonction des contrats de travail.» Autre proposition de Ségolène Royal: une entreprise qui, ayant bénéficié d'aides publiques, aurait délocalisé sa production devrait les rembourser.

© DR
Nicolas Sarkozy propose aux Français de «travailler plus pour gagner plus» et prône la défiscalisation des heures de travail supplémentaires.




En outre, le lien qui unit aides publiques et emploi est souvent ténu. Pour Fabrice Faure, président d'IRO, une imprimerie rochelaise de 35 salariés, les aides ne sont pas de nature à créer de l'emploi. «Les entreprises recrutent selon leurs besoins et non en fonction des subventions reçues.» Quant à l'idée que l'Etat puisse sanctionner les entreprises qui licencient tout en réalisant des profits «substantiels», elle est plutôt critiquée. Stéphane Pineau (Croissance Plus), considère «choquant» que l'Etat veuille régir la politique d'une entreprise en matière de restructuration, en lui refusant des aides. «Ce n'est pas parce qu'un groupe dégage des profits qu'il n'a pas de difficultés à faire tourner une filiale», remarque le dirigeant. Par ailleurs, beaucoup s'interrogent sur la définition de profits «substantiels». Thomas Chaudron, président du Centre des jeunes dirigeants (CJD), met en garde la candidate: «Les contrôles seront difficiles à mettre en place et pourraient aboutir à des contentieux.»

Afin de donner un coup de fouet à l'emploi, le candidat centriste propose une mesure immédiatement applicable aux entreprises. Quels que soit sa taille et son secteur d'activité, chaque entreprise pourra créer deux nouveaux emplois exonérés de cotisations pendant cinq ans. Seule condition pour bénéficier de cette aide: embaucher en CDI. Pour encourager la reprise d'une activité, François Bayrou propose également de réformer le système des minima sociaux en créant une allocation unique par points, dégressive et conciliable avec un salaire. Comme Nicolas Sarkozy, il souhaite rehausser le pouvoir d'achat des salariés en libérant les 35 heures et en récompensant les heures supplémentaires. Il propose donc de majorer de 35 % le paiement des heures effectuées entre 35 et 39 heures, les cotisations sociales étant réduites en proportion, pour pas grever le budget de l'entreprise.

> CE QUE PROPOSENT LES AUTRES CANDIDATS...
Jean-Marie Le Pen (FN) et Philippe de Villiers (MPF) entendent supprimer les 35 h et renégocier le temps de travail.
Le candidat du FN propose que l'Etat prenne en charge, à hauteur de 200 Euros par mois, la part salariale des cotisations sociales pour les salaires allant jusqu'à 1,4 fois le Smic. Philippe de Villiers prévoit une baisse de 50 % des charges pesant sur les PME.
Pour aider les entreprises en création, il envisage de les exonérer de cotisations sociales pendant deux ans.
Chez les Verts, Dominique Voynet veut augmenter de 50 % sur 5 ans les minima sociaux, renégocier la réduction du temps de travail et limiter le recours abusif au temps partiel.
Au PCF, Marie-George Buffet veut porter le Smic à 1 500 Euros bruts dès l'été, faire des 35 h un droit pour tous, augmenter les minima sociaux de 300 Cet les indexer sur le Smic.
Olivier Besancenot (LCR) propose d'interdire les licenciements et d'instaurer le Smic à 1 500 Euros nets.
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