Par François DESCHAMPS, 17/03/2010
La Commission européenne se penche sur une réglementation qui permettrait à certains fabricants – habituellement distribués via des réseaux de distribution sélective – de contraindre les cybermarchands à ouvrir des points de vente physiques pour être autorisés à vendre leurs produits.

Quand la Commission européenne agit, les e-commerçants parfois, enragent. Dès le mois de juin, les pure players pourraient bien être contraints d’ouvrir des points de vente physiques, en complément de leur activité de vente en ligne. En cause, la réforme de la réglementation européenne régissant le commerce en ligne. Cette dernière permettrait (entre autres) à certains fabricants d’imposer le "brick and mortar" aux acteurs de l’e-commerce. Seul bémol : uniquement les fabricants ayant recours à un réseau de distribution sélective pourraient y prétendre.
Pour comprendre la genèse de cette réglementation, il faut revenir à une affaire datant de juillet 2006, selon un article paru sur juriscom.net. Cette bataille juridique oppose alors le site Bijourama.com à Festina. Le premier voit sa demande d’agrément au sein du réseau de distribution sélective refusée, sous prétexte qu’il est un pure player et qu’il ne dispose pas de points de vente physiques. Validée par le Conseil de la concurrence, l’interdiction de vente de montres Festina prononcée à l’encontre de Bijourama.com est également appuyée par la Cour d’appel de Paris, un an plus tard. Motif de la décision : la vente sur Internet peut être appréhendée exclusivement comme le complément d’un point de vente physique.
C’est sur ce modèle que se baserait la nouvelle réglementation européenne, qui prendrait effet au début du mois de juin.
eBay, bras armé de la contestation
Suite à cette annonce, la grogne des e-commerçants ne s’est pas fait attendre. Avec eBay en tête, soutenu par des associations de consommateurs et par l’European E-Commerce and Mail Order Trade Association (Emota).
La plateforme de C to C a ainsi récolté 750 000 signatures dans le cadre d’une pétition formulée à l’encontre de cette mesure européenne. Yohan Ruso, directeur général d’eBay France, explique que « la disposition de la Commission européenne suppose que les points de vente traditionnels doivent être protégés des sites internet. Or, les données montrent que le lèche-vitrine en ligne des consommateurs profite aussi à la distribution traditionnelle ».
Mais aussi parce que cette disposition « serait une menace pour le commerce en ligne innovant et pour l’accès des consommateurs à de nombreux produits localement introuvables ».
Du côté des e-commerçants, certains observateurs assurent aussi que cette réglementation mettrait en péril les spécificités du modèle Internet, ainsi que le pouvoir d'achat des consommateurs. « Les économies réalisées sur les frais de structure sont répercutées sur les prix finaux des produits et permettent aux clients de bénéficier de tarifs moins élevés », indique Ulric Jérôme, directeur France de Pixmania.
Pour autant, eBay ne rejette pas l'ensemble du texte, bien au contraire. Le groupe concède même "beaucoup d’éléments positifs dans le projet de réglementation, notamment parce qu’il reconnaît la valeur du commerce en ligne".
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19/04/2012 LANGUEDOC-ROUSSILLON
19/04/2012 LANGUEDOC-ROUSSILLON
Commentaires des lecteurs (3)
Amandine, Génération 2.0 - 22/03/2010
Pourrait-on mettre en péril une telle économie?!
Selon moi le problème n'est pas tellement une question de diminution des prix des produits mais plutôt la mise en péril d'une économie florissante et majeure en France comme dans le reste de l'Europe. Selon une étude sur le profil des e-commerçants menée par Oxatis, ce sont les populations les plus fragilisées par la crise qui sont les plus présentes en tant que chefs d'entreprise virtuels. Ainsi, 28.5% des chefs d'entreprise sont des femmes, alors qu'elles représentent 39.5% des nouveaux entrepreneurs dans le e-commerce.
Les jeunes et les seniors sont également très présents, ce mode d'entrepreneuriat étant particulièrement intéressant en terme de flexibilité, comme l'a expliqué Marc Schillaci, président fondateur d'Oxatis : « le E-commerce présente l'avantage pour les seniors et les femmes de pouvoir mener leur affaire directement de son domicile. Ainsi, Internet permet de concilier vie professionnelle et préservation de la santé, pour les seniors dont les capacités de travail ne sont pas à remettre en cause. Les femmes, quant à elles, peuvent désormais concilier ambition professionnelle, sans délaisser leur vie de famille, qu'elles gèrent simultanément. En cela, nous pouvons considérer que le E-commerce, levier de développement économique et levier d'emplois, est également un nouveau levier de justice sociale ».
Le lancement d'une activité de commerce en ligne permet également aux entrepreneurs de "répartir" l'économie géographiquement et de mettre un terme à la concentration urbaine des commerces en dur.
Je trouve également très juste de souligner que les petits pure players nous permettent d'avoir accès à un panel de produits exceptionnels que nous n'aurions pas avec les contraintes logistiques de boutiques réelles.
Ce projet est tout simplement honteux.
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cual - 18/03/2010
Les bureaucrates de Bruxelles
Les bureaucrates de Bruxelles et la justice française toujours à la pointe de l'innovation.
Cela est vraiment incroyable, les lobbying se déchainent ; le eCommerce s'est aussi des emplois... Monsieur les censeurs.
J'espère que la France aura le courage de dire non !
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Yopyop - 18/03/2010
Bijourama
Heureusement que Bijourama.com s'est porté comme défenseur des petits eCommercants, Pixmania et eBay ne marchent que pour eux.
Grâce à cette loi nous sommes surs que les prix ne diminueront jamais (parfums, montres...).
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